Au Maroc, la conformité ne se limite pas à saisir des écritures : elle suppose un référentiel, des pièces probantes, une organisation documentaire, un système d'information cohérent et la capacité de produire des états lisibles en cas d'audit, de contrôle fiscal ou de demande bancaire. En 2026, les entreprises doivent être capables non seulement de tenir une comptabilité, mais aussi de l'extraire de manière fiable, structurée et défendable.
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Le point de référence officiel est l'Avis n° 24 du Conseil National de la Comptabilité relatif à la tenue de la comptabilité sous format électronique. Cet avis confirme la production d'un fichier appelé Fichier des Écritures Comptables (FEC) contenant au minimum, pour chaque exercice, les informations et données comptables requises.
Le FEC n'est donc plus un sujet réservé aux logiciels ; c'est un sujet de gouvernance comptable.
Qui est concerné
- Les entreprises qui tiennent leur comptabilité sous format électronique
- Les directions financières
- Les cabinets comptables
- Les éditeurs et intégrateurs de logiciels
- Les dirigeants qui veulent préparer un contrôle fiscal ou un audit
Le FEC n'est pas une option technique : c'est une exigence de traçabilité
L'Avis n° 24 du CNC a changé la manière d'aborder la comptabilité informatisée au Maroc. Il ne suffit plus qu'un logiciel produise des journaux imprimables ; il doit permettre une restitution structurée des écritures comptables. Le FEC traduit cette exigence. Il matérialise la capacité de l'entreprise à présenter l'intégralité de ses écritures d'un exercice dans un format exploitable, cohérent et documenté.
Cette exigence a une portée plus large que le contrôle fiscal. Une entreprise capable de produire un FEC propre démontre plusieurs choses : que son plan de comptes est stabilisé, que ses journaux sont cohérents, que ses écritures sont datées et traçables, que les soldes peuvent être justifiés et que son système d'information n'est pas dépendant de manipulations manuelles incontrôlées. Le FEC devient ainsi un révélateur de maturité.
Qui est concerné et que doit contenir le fichier
Dès lors que la comptabilité est tenue sous format électronique dans un cadre de comptabilité normalisée, la question du FEC se pose. Il faut éviter l'erreur consistant à croire que seuls les grands groupes sont concernés. Beaucoup de PME disposent aujourd'hui d'ERP, de logiciels comptables ou de solutions cloud qui génèrent des écritures ; ces entreprises doivent donc vérifier leur capacité d'extraction et la qualité des données produites.
L'Avis n° 24 précise que le fichier doit contenir au minimum, pour chaque exercice comptable, les informations et données comptables requises. Un export partiel, retraité manuellement ou dépendant d'un collage Excel ne répond pas à la logique de l'avis.
Ce qu'il faut vérifier dans l'export
- L'exhaustivité des écritures
- La cohérence des dates
- L'identification des journaux
- La lisibilité des comptes
- La qualité des libellés
- L'existence d'un rapprochement avec la balance
- La possibilité de relier une écriture à une pièce justificative ou à un flux métier
Le vrai sujet : la qualité du logiciel et du paramétrage
Un logiciel peut être « capable de sortir un FEC » et pourtant produire un fichier inutilisable si le paramétrage est faible. Les principaux points à auditer :
- Le plan de comptes
- Les schémas d'écritures automatiques
- La gestion des journaux
- Les droits d'accès
- La traçabilité des modifications
- Les clôtures mensuelles
- Les imports depuis d'autres systèmes
- La politique d'archivage
Il faut aussi se méfier des retraitements manuels de fin d'année. Lorsqu'une entreprise tient une partie de ses flux hors système puis passe des écritures de régularisation massives à la clôture, le FEC perd de sa force probante. Le meilleur indicateur de maturité n'est pas la taille du logiciel mais le faible écart entre la gestion courante et le fichier qui pourra être présenté en cas de demande.
Comment se mettre en conformité sans projet informatique démesuré
La conformité FEC commence par un diagnostic simple :
- L'entreprise peut-elle extraire un fichier par exercice ?
- Peut-elle le rapprocher à la balance ?
- Les libellés sont-ils compréhensibles ?
- Les journaux sont-ils stables ?
- Les écritures manuelles sont-elles justifiées ?
Une PME n'a pas besoin d'un programme de transformation massif pour avancer. Elle a besoin d'une feuille de route en quatre temps : audit de l'existant → corrections rapides de paramétrage → test d'extraction → formalisation des procédures. C'est cette séquence qui transforme l'obligation perçue en levier de fiabilisation comptable.
Le FEC comme outil de préparation au contrôle
Une entreprise qui teste régulièrement son FEC prépare en réalité bien plus qu'un fichier :
- La justification de ses comptes
- La cohérence de sa balance
- La qualité de ses dossiers fournisseurs et clients
- La documentation de ses clôtures
- La solidité de sa piste d'audit
Lorsqu'un contrôle arrive, l'entreprise n'entre pas en panique ; elle déroule un processus déjà éprouvé. À l'inverse, une entreprise qui découvre le FEC au moment d'une demande externe transforme une difficulté technique en risque fiscal. Le meilleur moment pour tester le FEC est avant d'en avoir besoin.
Le test trimestriel FEC : une pratique simple à forte valeur
Attendre la fin d'exercice pour tester la capacité d'extraction est une erreur coûteuse. Un test trimestriel FEC permet de détecter :
- Les journaux mal paramétrés
- Les libellés incomplets
- Les écritures sans référence utile
- Les anomalies d'import
- Les écarts entre balance et système source
Cette pratique crée aussi un bénéfice d'apprentissage : l'équipe s'habitue au format attendu, documente les correctifs et réduit la dépendance à une seule personne « qui sait faire l'extraction ». En cas de contrôle, la production du fichier devient une routine et non un projet d'urgence.
Le FEC comme support de continuité d'activité
Au-delà du contrôle, le FEC sécurise la continuité d'activité. Si un collaborateur clé quitte l'entreprise ou si le logiciel change, la capacité à restituer les écritures d'un exercice proprement structuré protège la mémoire comptable de l'entreprise. Pourtant, une entreprise qui sait extraire et relire son FEC maîtrise mieux ses migrations de système et ses changements d'organisation.
FEC et documentation des corrections
Chaque correction de paramétrage ou d'écriture récurrente devrait être documentée. Cette mémoire des correctifs stabilise le FEC d'un exercice à l'autre et évite la répétition des mêmes anomalies lors des tests.
La fiabilité avant le format
Le format FEC n'a de valeur que si les écritures qu'il contient sont fiables. La priorité reste donc la qualité des opérations saisies, validées et justifiées dans le système source.
Une discipline qui réduit aussi le coût d'audit
Plus le FEC est propre et testé, moins l'entreprise consomme de temps de retraitement lors des audits, clôtures et demandes externes. La conformité devient alors un vrai gain d'efficacité.
Point final
Un FEC robuste est le reflet d'une comptabilité robuste.
⚠ Risques en cas de non-conformité
- Absence ou insuffisance de pièces justificatives
- Piste d'audit faible
- Clôtures tardives
- Retraitements manuels non documentés
- Logiciel mal paramétré
- Difficultés à justifier les soldes ou à extraire une comptabilité conforme
Plan d'action recommandé
- Documenter le référentiel appliqué, les règles de saisie et les contrôles de premier niveau.
- Sécuriser le plan de comptes, les journaux, les schémas d'écritures récurrents et les droits d'accès.
- Classer et rapprocher systématiquement les justificatifs de ventes, achats, banques, paie et immobilisations.
- Tester périodiquement la capacité d'extraction, de restitution et de justification des écritures.
- Mettre en place un calendrier de clôture mensuelle et annuelle avec responsables identifiés.
Ce qu'une comptabilité conforme doit permettre
Elle doit permettre de comprendre une opération, retrouver la pièce source, justifier un solde, expliquer une variation et produire les états attendus sans reconstitutions permanentes.
Concrètement, ce sujet doit être traduit en procédures internes claires, en documents modèles, en responsabilités identifiées et en calendrier de suivi. Une bonne pratique consiste à matérialiser un dossier permanent regroupant :
- Les actes ou contrats utiles
- Les pièces justificatives structurantes
- Le schéma des flux
- Les options retenues
- La liste des échéances et les contrôles clés
L'importance de la preuve
La meilleure écriture comptable reste fragile sans document source fiable. La qualité de l'archivage et du classement fait souvent la différence entre une comptabilité simplement tenue et une comptabilité réellement défendable.
La logique de clôture permanente
Les entreprises qui ferment bien leur année sont celles qui rapprochent et apurent tous les mois. Les travaux de fin d'exercice deviennent alors une consolidation, non une opération de sauvetage.
Une comptabilité robuste est d'abord un système. Elle repose sur des procédures simples, répétables, contrôlées et compatibles avec les attentes du contrôle fiscal, de l'audit légal et du pilotage de gestion.
Du point de vue cabinet, une approche par risque permet de distinguer les erreurs de conception initiale, les erreurs d'exécution au fil de l'eau et les erreurs de preuve. Cette distinction aide à prioriser les corrections : d'abord le cadre juridique et fiscal, ensuite le paramétrage opérationnel, puis la documentation de la piste d'audit et des contrôles.
Questions fréquentes
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